Plutôt que de 'jouer aux apprentis sorciers', l'Eglise propose l'apprentissage de la 'sainteté', qui nécessite, comme tout apprentissage, des 'modèles' à imiter. Ici, il ne s'agit pas de 'jouer', de se déguiser pour 'faire semblant'. Il faut apprendre à 'être'. Selon les critères modernes que l'on cherche à imposer aux jeunes (et aux moins jeunes), il est sûr que c'est bien moins 'éclatant', bien moins 'joyeux', bien moins 'ludique' etc. Et, surtout, bien moins dans l'air du temps c'est à dire bien moins commercial.
Il faut d'abord rappeler, au delà de l'aspect historique des choses, ce que signifient pour l'Eglise la Toussaint et la mémoire des 'fidèles défunts'. Ensuite on pourra se demander comment cette résurgence païenne d'Halloween pourrait être utilisée pour redonner aux enfants le sens d'une fête réellement joyeuse porteuse d'une culture de Vie et non pas d'une contrefaçon complice d'une culture de mort.
La Toussaint, fête de la communion et de l'intercession des saints
Lorsque l'Eglise déclare l'un de ses enfants vénérable, bienheureux ou saint, elle ne décerne pas un titre honorifique quelconque en remerciement de " services rendus " à une institution. Cette déclaration ne dépend pas non plus d'un choix arbitraire du Pape ou de quelques prélats selon des critères sociaux, politiques ou culturels comme ont tendance à le penser trop souvent certains catholiques. Laissons à ce sujet la parole au bienheureux Frédéric Ozanam :
"Un saint patron (...) ce n'est même pas un nom honorable sous lequel on puisse faire bonne contenance dans le monde religieux. C'est un type qu'il faut s'efforcer de réaliser, comme lui même a réalisé le type divin qui est Jésus-Christ. C'est une vie qu'il faut continuer, un coeur auquel il faut réchauffer son coeur, une intelligence où l'on doit rechercher des lumières ; c'est un modèle sur la terre et un protecteur au ciel. Un double culte lui est dû, d'imitation et d'invocation. (...) Les saints qui honorèrent ici-bas leur Père Céleste (...) vivront longtemps ;une immortalité terrestre leur est décernée dans les oeuvres. " (Lettre du 17/5/1848 in " Lettres ", t. I, p. 290-291)
Dans le même esprit, le Catéchisme de l'Eglise Catholique enseigne (§ 957) :
"Le Christ nous L'adorons parce qu'il est le Fils de Dieu ; quant aux martyrs, nous les aimons comme disciples et imitateurs du Seigneur, et c'est juste, à cause de leur dévotion incomparable envers leur roi et maître ;puissions nous, nous aussi, être leurs compagnons et leurs condisciples." C'est pourquoi " nous ne vénérons pas seulement au titre de leur exemple la mémoire des habitants du ciel " car, " tout comme la communion entre les chrétiens nous approche au plus près du Christ, ainsi la communauté avec les saints nous unit au Christ de qui découlent, comme de leur chef, toute grâce et la vie du Peuple de Dieu lui-même ."
Au contraire, Halloween propose implicitement de devenir "condisciples" de sorciers et de sorcières !
Les saints que nous fêtons dans l'Eglise n'ont pas seulement un rôle de modèle. Ils ont aussi un rôle d'intercession : " Etant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l'Eglise en sainteté. (…) Ils ne cessent d'intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu'ils ont acquis sur la terre par l'Unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (…) Ainsi, leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité. " (§ 956)
La fête des "fidèles défunts endormis dans l'espérance de la résurrection "
Dans la perspective de l'Eglise Catholique, la mort, aussi douloureuse soit-elle pour ceux qui s'en vont et ceux qui restent, n'est ni un terminus, ni le maintien dans une espèce d'état intermédiaire avec lequel les vivants pourraient communiquer, surtout pour jouer à se faire peur.
Là encore, son enseignement est très clair : " Enterrez ce corps n'importe où ! Ne vous troublez pas pour lui d'aucun souci ! Tout ce que je vous demande, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur où que vous soyez " (§ 1971 note 4, Sainte Monique avant sa mort à son frère et son fils Saint Augustin) ; "Les corps des défunts doivent être traités avec respect et charité dans la foi et l'espérance de la résurrection. L'ensevelissement des morts est une oeuvre de miséricorde corporelle ; elle honore les enfants de Dieu, temples de l'Esprit-Saint. " (§ 2300)
Il en résulte que les squelettes ne sauraient devenir des sujets d'amusement.
"Par la mort, l'âme est séparée du corps, mais dans la résurrection Dieu rendra la vie incorruptible à notre corps transformé en le réunissant à notre âme. De même que le Christ est ressuscité et vit pour toujours, tous nous ressusciterons au dernier jour. " (...) " Par sa mort, Jésus le Fils de Dieu a vaincu la mort, ouvrant ainsi à tous les hommes la possibilité du salut. " (§ 1015)
Sans multiplier les citations, on voit bien que pour l'Eglise Universelle la fête de la Toussaint et celle des fidèles défunts sont bien des fêtes de la Lumière et de l'Espérance. La première n'est pas la commémoration de personnages historiques passés mais l'espérance d'un avènement présent. La seconde n'est pas seulement le souvenir d'une douloureuse disparition, mais surtout le rappel d'une promesse, celle de la Vie éternelle. |