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HALLOWEEN : BREVE HISTOIRE D'UNE FETE RECENTE |
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Au milieu du XIXe siècle, un million d'Irlandais émigrent aux Etats-Unis à la suite de la terrible famine de 1846-1849, à l'origine d'un million de morts. D'autres empruntent le même chemin dans les décennies suivantes. De 1850 à 1930, environ quatre millions d'Irlandais sont partis aux Etats-Unis. Ils constituèrent rapidement un lobby efficace et contrôlèrent de nombreuses municipalités à l'est du pays. Ils amenèrent avec eux quelques unes de leurs coutumes. Selon Jean Markale , Halloween est née d'un mélange de coutumes irlandaises et écossaises : " L'état d'esprit catholique irlandais, centré sur l'aide à apporter aux défunts, s'est matérialisé en quelque sorte avec les cortèges grotesques issus d'une Ecosse trop puritaine pour prendre au sérieux la présence effective des ancêtres ou des parents le soir d'Halloween." La fête se répand rapidement dans les milieux anglo-saxons. Elle s'impose définitivement au début du XXe siècle. Elle s'implante au Québec entre 1920 et 1930 . En 1999, d'après une enquête de la National Retail Federation (Fédération du commerce), chaque américain (il s'agit d'une moyenne) a dépensé une centaine de dollars (entre 700 et 750 francs, ou 110 à 120 euros) pour cette fête. Le chiffre d'affaires produit par celle-ci avoisine 5 milliards de dollars, soit de 35 à 40 milliards de francs, ou six milliards d'euros . Les enjeux financiers sont énormes.
Jusqu'au début des années 90, Halloween est inconnue de la plupart des Français. Elle est fêtée dans quelques milieux très restreints qui vivent à l'heure américaine comme des bars américains. En 1992, la société César, spécialisée dans le déguisement, travaille sur Halloween afin de l'implanter en France. La fête est idéalement placée. En effet, entre la rentrée de septembre et Noël, octobre et novembre constituent une période creuse pour le commerce. A partir de 1995, Halloween est fêtée, modestement, dans certaines villes de l'est de la France. En 1996, la société César sort une première gamme de produits spécialisés pour Halloween. La fête commence à s'implanter solidement. Néanmoins, elle demeure encore marginale. Des équipes de publicitaires travaillent sur le concept d'Halloween pour l'acclimater en France. Ils consultent des spécialistes du symbolisme et de l'ésotérisme. 1997 est l'année du grand lancement, massif. France Télécom commercialise le téléphone portable Olaween et fait placer, pour frapper les imaginations, plus de 8000 citrouilles à Paris, au Trocadéro. Les ventes du portable augmentent de 25%. Une campagne publicitaire d'accompagnement, notamment des affiches géantes, fait découvrir Halloween à la majorité des Français.
A partir de 1997, on constate un engouement et un déferlement commercial. De nombreuses entreprises et commerces veulent profiter de cette mode et ainsi démultiplie la diffusion de la fête. Le chiffre d'affaires de César pour Halloween " explose " : 600.000 francs en 1996, 30 millions en 1998, 60 millions en 1999. La société devient un groupe international. En 1997, elle rachète le n°2 du déguisement aux Etats-Unis, Disguise, dont la totalité du chiffre d'affaires est réalisée avec Halloween. César prend également le contrôle de sociétés anglaise (Dekkertoys), espagnole (Josman), allemande (Hilka), italienne (Joker). Le marché pour l'ensemble de la France augmente considérablement. Il rapporte 250 millions de francs en 1998, 400 millions en 1999. Mais nous sommes encore loin des chiffres américains. Il faudrait pour cela que le chiffre de 1999 soit environ 18 fois plus élevé ! On comprend dès lors pourquoi pour les marchands il y a là des possibilités de croissance et de gains très substantiels. En 1999, d'après une enquête réalisée par l'institut CSA/TMO, si 31% des ménages français ont fêté Halloween, 27% ont réalisé des achats pour cette fête, la dépense moyenne s'élevant à 24 euros. Les entreprises américaines en France font la promotion d'Halloween : Disneyland Paris (deux soirées spéciales en 1999, trois en 2000, la période du 1er octobre au 4 novembre 2001), Coca-Cola (à Paris et dans huit villes en 2000 : " la nuit des morts de soif " ; opérations dans les 220 Carrefours de France en 2000), McDonald's (un masque gratuit avec chaque menu Halloween), United Biscuit (choco BN " vampire "), Mars Alimentaire (qui fournit aux enfants des cartes de " démon officiel " qui ont suscité de nombreuses protestations), etc. D'autres sociétés suivent très vite comme Yves Rocher (23-31 octobre 2000 : " La semaine diabolique "), les Galeries Lafayette, Etam, Marks and Spencer, Nestlé, Pier Import, Foir'Fouille, etc. Les distributeurs emboîtent le pas : Monoprix (" Le centre-ville est ensorcelé "), Continent (" rêve d'Halloween "), Prisunic, Système U, Carrefour, à Auchan, outre des stands de ventes spéciaux Halloween et d'autres de maquillage gratuit des enfants, les caissières sont déguisées en sorcières. De multiples soirées ont lieu dans des discothèques, parfois plusieurs nuits de suite. De nombreux produits spéciaux Halloween sont proposés, outre tout ce qui relève de la décoration et du déguisement : eaux, bières, cidres, limonades, shampoings, salades, tartes flambées, pâtes, soupes, pyjamas, etc., et jusqu'à du papier hygiénique (Lotus en 2001) ! Dans de nombreuses villes, surtout dans l'est de la France, l'union locale des commerçants organise des animations spéciales pour Halloween : jeux, tombolas, défilés avec remise de prix, vitrines Halloween, etc. Certaines villes, comme Biarritz, patronnent des manifestations. Ainsi, en 2001, pour le festival Halloween de Biarritz, une " maison hantée " a été construite au centre-ville, également au programme : soirées de films d'horreur, défilés de monstres, boum pour les enfants à partir de 6 ans. Enfin, dans de très nombreuses écoles primaires, Halloween est fêtée. Les enfants découvrent et explorent le monde des sorciers et des sorcières.
La déferlante Halloween a été soudaine. Elle a rendu beaucoup de Français perplexes devant cette exaltation de l'horreur, du laid et du monstrueux. Après un premier temps de stupéfaction, des réactions défavorables en nombre croissant et des analyses critiques montrent un agacement certain face à une fête pour le moins discutable quant aux " valeurs " sur lesquelles elle s'appuie. A cela s'ajoute le fait qu'il s'agit essentiellement d'une gigantesque opération commerciale . Ces réactions proviennent de tous les milieux et de toutes les sensibilités. Que ce soient des croyants ou des incroyants, des intellectuels ou non, de médias classés à gauche, comme Libération, L'humanité ou Le nouvel observateur, ou à droite, comme Le Figaro, la critique dénonce Halloween. Parmi les rares hommes politiques qui ont stigmatisé Halloween, Philippe Seguin, le 29 octobre 1998, sur la chaîne de télévision France 2 , se dit " sidéré " par " ce mouvement d'uniformisation du monde, d'uniformisation culturelle qui, à nos yeux, est un danger. " Christine Boutin, dans Le Figaro du 29 octobre 1999, y voit " une mascarade macabre ". Cette uniformisation, pour beaucoup, consiste en une américanisation des moeurs. Dans un article paru dans Le Monde diplomatique d'août 1998 , intitulé " Vers une société universelle de consommateurs - Culture Mcworld contre démocratie ", Benjamin R. Barber affirme ainsi : " L'apparition soudaine de Halloween comme nouvelle fête française pour stimuler le commerce dans la période de calme plat qui précède Noël n'est que l'exemple le plus consternant de cette tendance à l'américanisation. " Dans Le Figaro du 31 octobre 1998, Gérard Leclerc dénonce ce qui s'avère une récupération mercantile : " Il faut être tombé bien bas pour offrir à nos gosses ce piteux rappel de nos carnavals d'antan, avec cette façon grotesque d'évoquer la hantise de la mort et tout le cortège des vieilles terreurs. L'argent a donc tout récupéré, jusqu'au sacré ? " Pareillement, deux ans plus tard, Pascal Lardellier , dans Libération du 1er novembre 2000, sous le titre " La guerre d'Halloween " et avec comme surtitre explicite " La fête est le cheval de Troie de l'économie et de l'idéologie américaines ", se livre à une analyse sociologique de celle-ci. Il y observe ces fêtes exportées " vidées ici de leur substance, deviennent des produits de grande consommation. " Halloween " promue ad nauseam " , parfaite illustration, témoigne de " la violence symbolique de cette américanisation planétaire, économique, politique, sociale et culturelle. " Il remarque également : " (¼), l'exploitation est commerciale, mais le danger est idéologique, tant il est inquiétant de constater, sans vouloir paraître rétrograde, combien cette journée, qui jouxte deux autres fêtes des morts et du souvenir, la Toussaint et le 11 novembre, est en train de se substituer à celles-ci avec une facilité déconcertante auprès des jeunes générations. " Il conclue sur ce qui s'avère, au sens propre, une subversion : " L'émergence forte d'Halloween et de tous les " événements " sponsorisés s'en rapprochant (tels les lancements des superproductions américaines¼) confirme en tout cas qu'un calendrier avant tout économique se substitue maintenant aux fêtes religieuses et républicaines traditionnelles. " Les anarchistes émettent quant à eux une analyse proche en y voyant " le signe du libéralisme triomphant " (sur le site internet de la Fédération anarchiste) . Mais, ils se distinguent par le slogan " Ni Halloween ni Toussaint ". Tandis que pour d'autres, le succès d'Halloween fait presque regretter le recul de la Toussaint. C'est le cas de François Reynaert, dans Le nouvel observateur (semaine du 16 novembre 2000, n°1880), qui lance un véritable cri d'alarme : " Halloween est donc en passe de détrôner la Toussaint, mais se rend-on compte du cauchemar que cela nous annonce ? Déjà, jusqu'alors, commencer tous les mois de novembre par ce grand rite funéraire était sinistre . Quand il faudra, dès l'année prochaine, aller faire à nouveau la tournée des cimetières, mais déguisés en squelette, pour aller déposer sur les tombes de nos disparus des grosses citrouilles en plastique marquées " Ton Shopi fête les sorcières ", pour le coup, c'est clair, ça sera l'horreur. " Dans Le Monde du 2 novembre 2000, Jean-Michel Normand analyse une autre cause du succès d'Halloween, à savoir le désir d'avoir peur. Il observe : " Le syndrome du " fais-moi peur " garnit les bibliothèques, remplit les salles de cinéma, fait exploser les ventes de déguisements et de sucreries. Sans parler de la publicité, qui s'en est emparée. Bref, la " trouille " fait vendre. " Ensuite, il énumère quelques uns des produits phares de ce commerce : la fausse chaise électrique, qui vibre lorsque l'on s'assied dessus (seulement disponible aux Etats-Unis pour le moment), les séries d'ouvrages, comme la collection " chair de poule " aux éditions Bayard (12 millions d'exemplaires vendus en novembre 2000), livres utilisés dans les écoles pour préparer Halloween, les feuilletons télévisés, les films d'horreur et d'épouvante. D'autres réactions sont moins analytiques, plus épidermiques. Ainsi, Régine Deforges, dans L'Humanité du 25 octobre 2000, s'écrie, à propos d'Halloween : " (¼), cette manifestation qui nous arrive des Etats-Unis comme beaucoup d'autres bêtises, et que je déteste. Quant à la couleur orange, je l'ai en aversion¼ " Les croyants, essentiellement les chrétiens, catholiques, protestants et orthodoxes, contre-attaquent, surtout à partir de l'année 2000. En effet, ils refusent et rejettent une fête qui magnifie ce qui s'identifie de plus ou moins près au satanisme et au mal: sorcellerie, démons, horreur, comportements criminels, goût du morbide et du laid. Ainsi, les autorités religieuses posent une réflexion sur le sens de cette fête. Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont-Ferrand et vice-président de la Conférence épiscopale, s'étonne dans oecuménisme-Informations (n°309, novembre 2000, texte intitulé : " Halloween, les fantômes et la Toussaint ") : " On n'imagine pas, par exemple, qu'une institutrice conduise sa classe dans une église pour lui faire découvrir un vitrail relatif à la Toussaint et lui explique le sens de cette fête chrétienne. Ce serait perçu comme une démarche religieuse et certains parents ne l'accepteraient pas. (¼) Par contre, à en juger par ce qui se passe dans de nombreuses écoles il est admis que l'on fête Halloween. " Il observe également : " Halloween et la Toussaint sont aux antipodes l'une de l'autre. Les signes y sont inversés. Pour l'une, la mort est une fatalité, on peut seulement la tourner en dérision. (¼) Pour l'autre, la mort est une réalité qu'il faut savoir assumer. Mais elle est un passage. A la suite du Christ ressuscité, nous sommes en route vers la Cité Sainte où nous attend la foule immense de ceux que le Seigneur a sanctifiés. " Mgr André Vingt-Trois, évêque de Tours, tient dans le même temps des propos similaires dans son journal diocésain : " Est-il plus sain pour l'intelligence des enfants de fantasmer sur les sorcières ou de connaître l'histoire des grands saints qui ont façonné notre patrimoine culturel ? " Le 20 octobre 2000, le Père Stanislas Lalanne, porte-parole de la Conférences des évêques de France, publie un communiqué très ferme. Il s'interroge sur cette dénaturation du sens de la vie et de la mort, sur l'avenir que ces " mascarades " prépare. Il met les adultes devant leurs responsabilités : "que des éducateurs jouent avec leur (des enfants) inconscient et leur crédulité est un problème beaucoup plus grave. Les enfants, confrontés tous les jours aux images de guerre et de morts d'enfants diffusées par la télévision, méritent pourtant qu'on leur parle de la mort en vérité et en famille. " Le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France, dit sa surprise " considérable " de voir l'Education nationale " s'engouffrer " derrière Halloween " pour en faire sans aucun discernement une fête d'école qui joue un peu sur la peur, un peu sur l'extraordinaire, un peu sur le surnaturel. " Sur internet, on peut également trouver la traduction française d'un texte de Mgr Cyrille de Seattle, évêque orthodoxe de l'Eglise russe hors-frontières, qui fustige plus sévèrement Halloween . Il dit notamment à propos de la participation à cette fête : " (¼), il importe de prendre conscience du danger spirituel que représente un tel acte. " C'est pourquoi, " Du point de vue chrétien-orthodoxe, la participation à cette pratique est impossible et constitue en fait une forme d'idolâtrie, véritable trahison à Dieu et à notre sainte Foi. " Finalement, il recommande aux parents : " Enseignez vos enfants. (¼) S'il le faut, qu'ils n'aillent pas à l'école ce jour-là, pour ne pas participer aux préparatifs de cette fête. " Des initiatives sont organisées " sur le terrain " par des associations catholiques et protestantes. Le 25 octobre 2000, à Saint-Raphaël, dans le Var, est organisée une manifestation d'enfants et de parents par des prêtres catholiques traditionalistes. Ecœurés par la " tapage " de cette fête. " Nous devons avoir d'autres choses à proposer aux enfants qu'un festival macabre ", a affirmé un des prêtres (agence Reuters, dépêche du 25 octobre 2000). Un autre religieux a également observé : " On ne peut pas fêter à la fois Halloween et la Toussaint. Une fête est dédiée à la mort, l'autre à la vie, on ne peut pas tout mélanger sous prétexte d'amusement. " De son côté, l'association Jeunesse-Action-Chrétienté a organisée, le 31 octobre 2000, une soirée anti-Halloween conjointement avec l'association Contrefort dont l'objectif est l'éradication de cette fête. Jeunesse-Action-Chrétienté a aussi mené une campagne de contestation d'Halloween par l'intermédiaire d'affichettes qui ont été apposées sur les murs de plusieurs villes françaises. Une autre campagne a été faite par le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine. Celle-ci a porté sur les cartes de " démon officiel " diffusées par Mars Alimentaire (Mars, Bounty, M&M, Twix). En achetant ces friandises, les enfants pouvaient collectionner les cartes en question. " Pour être un démon officiel, il fallait confectionner un déguisement effrayant, écrire sur la carte son surnom démoniaque, sa signature d'enfer et être lu et approuvé par le maître des démons : Loucifer. L'enfant s'engageait à " dévoiler son côté démon et à faire et à dire plein de choses monstrueuses " (Le spectacle du monde, n°462, novembre 2000, p.15). La société Mars Alimentaire a reçu des dizaines de milliers de lettres de protestation. De son côté, l'Alliance évangélique suisse a entamé, toujours en 2000, une action auprès des entreprises industrielles qui fabriquent des produits pour cette fête. Enfin, sur internet, où les sites anti-Halloween sont nombreux, circule une " cyber-pétition " contre Halloween . Le texte de celle-ci affirme notamment : " Ces pratiques ne sont pas neutres car elles dirigent tout droit nos enfants vers l'occultisme et elles sont dangereuses pour leur équilibre psychologique et psychique. Nous ne voulons pas que nos enfants apprennent " le langage des horreurs " ni qu'ils " soient des démons ", même pour " rire ". Pour nos enfants, nous voulons la promotion de valeurs positives et constructives de leur personnalité. "Des alternatives sont parfois proposées. Certains souhaitent redonner un éclat plus vif à la fête de tous les saints. Ainsi, à Montpellier, au Cours Notre Dame, depuis la Toussaint 2000 , face à Halloween, la directrice, les enseignants et les parents ont décidé d'organiser une grande fête pour la Toussaint. Au cours de celle-ci, chaque enfant revêt l'habit de son saint patron et, lors du défilé, explique brièvement son histoire.
En 2001, Halloween s'est déroulée dans un contexte bien particulier : quelques semaines après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. Dans ces circonstances, célébrer la mort, le criminel, exhiber des squelettes et des créatures monstrueuses et sanguinolentes, était, pour le moins, de fort mauvais goût. De plus, des menaces d'attentats étaient toujours d'actualité notamment contre les rassemblements. Les marchands n'ont pas renoncé à Halloween, fête qu'ils préparent pendant plusieurs mois, mais se sont montrés plus discrets. Aux Etats-Unis, les masques d'horreur se sont moins vendus. Les costumes étaient plus patriotiques (oncle Sam, statue de la Liberté, soldats, pompiers, etc.). Lors du défilé new-yorkais à Greenwich Village, on a observé une forte diminution du nombre des participants et des spectateurs. A Boston, les adultes ont reçu pour consigne de ne pas laisser les enfants sortir dans la soirée. Les collectes de friandises par les enfants ont été très surveillées. Des sondages ont rapportés qu'un tiers des parents ont refusé que leurs enfants fassent du porte à porte. En France, la plupart des commerçants sont entrés dans Halloween à la fin du mois d'octobre, en retard par rapport aux années précédentes. Les vitrines étaient plus discrètes. Là aussi, les évènements internationaux ont eu des répercussions. Notons cependant qu'après l'Europe de l'ouest, Halloween commence à se répandre en Europe de l'est . C'est en République tchèque, à Prague, que le phénomène semble le mieux attesté, même si " Dans l'ensemble, les Tchèques et les Slovaques y voient un avatar de la mondialisation et de " l'américanisation " de leur pays. " En Pologne, la fête concerne surtout les discothèques et les clubs d'étudiants. Il est intéressant de remarquer que dans ce pays la chaîne de distribution française Casino/Géant n'a pas proposé des produits Halloween en 2001 en raison de la situation internationale, à l'inverse de Carrefour.
Les initiatives anti-Halloween se sont amplifiées et organisées en 2001. Il y a eu la création du Collectif non à Halloween . Celui-ci, soutenu par le Père Guy Gilbert, le " prêtre des loubards ", a organisé des conférences, une manifestation à Paris, une conférence de presse, diffuse des informations et une réflexion critique vis-à-vis de cette fête, notamment par son site internet, et a développé une action médiatique qui s'est traduite par des émissions de radio, de télévision, des articles dans les journaux et des dépêches d'agences de presse. D'autre part, le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine et l'association Contrefort , ont fait paraître un quatre pages, tiré à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, Halloween express. L'édition a été rapidement épuisée. Dans différentes régions des associations et des particuliers ont protesté contre Halloween dans les médias et les journaux de province ainsi que sur internet ou encore par des tracts.
Halloween s'inscrit dans le prolongement d'évènements suscités par la société de consommation. Aux fêtes religieuses ou liées à la mémoire du pays, succèdent, actuellement, des fêtes bruyantes quasiment claniques, c'est-à-dire de groupes particuliers, comme la Gay pride, la Techno parade, la Love parade, ou des substitutions comme la fête de la musique vis-à-vis de la saint Jean d'été et de ses feux. Des tentatives d'instaurer de nouvelles fêtes, à l'image de la fête des mères, créée en 1941, ont échoué. C'est le cas de la fête des grands-mères ou de celle des secrétaires. Halloween relève d'un autre genre. Comme la saint Valentin, elle a des racines traditionnelles lointaines et totalement modifiées. La fête, déracinée, devient objet de consommation de masse. La dernière tentative en date est la saint Patrick. Après le succès d'Halloween, certains souhaitent récupérer cette autre fête, par un processus identique, pour la transformer en produit rentable et exportable afin de toucher le plus grand nombre possible de consommateurs. Cette opération a connu un début de réussite avec les " nuits celtiques " au stade de France les 15 et 16 mars 2002, lesquelles ont rassemblé près de 100.000 personnes.
Les années à venir nous diront si Halloween fut une mode violente et passagère ou entre dans les us et coutumes de notre pays et de l'Europe. Cette évolution sera révélatrice de l'état de notre société dont les temps forts, de plus en plus, relèvent d'un calendrier marchand et du marketing publicitaire. Un horizon sinistre ! Christophe Levalois, professeur d'Histoire |




